Un éclair dans le tunnel

L’Eurostar, qui relie la France à l’Angleterre, est un train très fréquenté. On y trouve de joyeux touristes, déguisés en maillots à rayures et bérets français, des couples qui dégustent leurs souvenirs, pâté et vin blanc sur la banquette, des gens d’affaires travaillant sur leur tablette et des étudiants somnolant sur la leur, des artistes en vadrouille, des familles nombreuses, sans oublier les migrants que la prospérité anglaise incite à tenter la traversée, pour un monde meilleur.

Encore faut-il avoir le bon passeport. En effet, les lois sur l’immigration sont intransigeantes. Une nationalité acceptable et un casier judiciaire inoffensif sont les conditions préalables à tout embarquement. Ceux qui circulent illégalement se voient refuser le voyage et doivent rester au camp ou bien retourner chez eux. Aujourd’hui, aucun migrant clandestin n’est signalé dans, sur ou sous les wagons ; le train peut rouler librement.

Sur le siège en face de moi, une jeune femme est assise. Elle porte une étrange combinaison en cuir noir, ornée de fermetures éclair. D’une main, elle joue avec les attaches métalliques, ouvrant et refermant distraitement les poches tandis que, de l’autre, elle tient son téléphone portable à l’oreille.

Elle parle une langue qui m’est inconnue. Je ne comprends pas un mot, sinon OK, qu’elle répète sans cesse, le combinant avec le mouvement des doigts sur les glissières de son vêtement. Pour le reste, ce sont des roulements de R, des contractions gutturales, des susurrements que mon imagination interprète à son aise.

OK sur le ventre, c’est un rendez-vous pour dîner au restaurant… OK contre la hanche, c’est une amie qui l’enlace tendrement… OK à la cuisse, on lui rappelle ses problèmes d’argent… OK sous le cœur, l’espoir de trouver un amant… Ce sont autant d’interprétations que de fermetures éclairs ouvertes. Pendant ce temps, derrière moi, le tunnel se referme.

Dommage que les enjeux économiques et les mesures de sécurité ne permettent pas d’accueillir tous les migrants du monde. On perd l’opportunité de connaître des gens différents, des coutumes lointaines et des langues inconnues. Pour l’imagination, la diversité culturelle est un pays sans frontières.

tunneleclair

Kilburn (train) Shoreditch (graffiti), London


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6 réflexions sur “Un éclair dans le tunnel

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